Trouver sa raison d’être : une histoire d’alignement avec soi-même et l’entreprise

Publié le 23 Septembre 2020

Aujourd’hui, mercredi 23 septembre 2020 est un jour un peu particulier : c’est le jour où nous fêtons les 5 ans de Canard & Cie, l’agence de production de contenus que nous avons co-fondée avec Antoine Prénaud, mon amoureux et associé en 2015.

5 ans. Un lustre. Presque une génération ! 😉

Un jour un peu particulier, parce qu’au bout de 5 ans, même si le chemin reste tortueux, on peut dire que nous avons a priori réussi le pari de tout entrepreneur : avoir une vraie boîte. Avec une super équipe, des clients qui nous font confiance, rentable, financée en fonds propres depuis le premier jour et avec un tout nouveau site internet pour l’occasion. The job is done, comme on dit !

Un jour un peu particulier aussi, parce que 5 ans, jour pour jour, après la création officielle de Canard & Cie, nous avons décidé de récidiver, en lançant une deuxième entité : l’Agence Alignée, spécialisée en conseil pour les marques, notamment en conseil en raison d’être (celle-là même dont vous visitez actuellement le site Internet 😉).

A cette occasion, j’ai eu envie de prendre la plume pour raconter un bout de mon / notre cheminement personnel et professionnel ces dernières années. En espérant que cela fera écho à certains et certaines d’entre vous 🙃 Bonne lecture !

Une histoire de flamants roses

À l’automne 2018, je suis partie faire une semaine de retraite de yoga sur une petite île néerlandaise, située au large du Venezuela : Aruba. C’était la première fois que je mettais les pieds aux Antilles. Le rêve. Les plages de sable fin, les flamants roses, l’eau turquoise. Sur le papier, tout y était pour passer un séjour digne des plus belles photos d’Instagram. Pourtant, je n’avais pas prévu que cette semaine – la première que je m’accordais en 3 ans d’entrepreneuriat pour prendre du temps pour moi – révélerait une faille déjà bien profondément ancrée en moi : celle du déraillement.

En me retrouvant seule avec moi-même, je n’avais en effet pas anticipé que je me retrouverais par la même occasion, un peu malgré moi, forcée d’observer, d’écouter, de prendre conscience de certaines interrogations et émotions que j’avais pris grand soin de ne pas laisser émerger jusqu’ici. Et qui, voyant la brèche se fissurer, se précipitaient en masse pour m’exploser à la figure. À la fin de cette semaine pendant laquelle j’avais prévu de recharger les batteries, j’étais au contraire épuisée, angoissée, déboussolée. Tout l’inverse de l’effet escompté.

aruba

Je pensais qu’en retrouvant ma vie parisienne, tout finirait par rentrer dans l’ordre. Mais, plus les semaines passaient, plus je me sentais anxieuse, démotivée, épuisée, vidée. À ce bouillon d’émotions s’ajoutaient l’auto-jugement de céder à ce mal du siècle que je ne voulais pas appeler « burn out », et la culpabilité d’avoir la sensation de ne pas réussir à assurer pour mon entreprise, pour mon équipe, pour Antoine.

En réalité, j’étais paniquée : je ne comprenais pas bien ce qui m’arrivait, je ne savais pas comment gérer ce torrent d’émotions négatives, j’avais honte. Et, plutôt que de l’affronter, je continuais à opter pour la technique de l’autruche. Ignorer la réalité me semblait être la meilleure stratégie. J’ai refusé de m’arrêter, ne serait-ce qu’une journée, j’ai fait bonne figure pendant longtemps. Personne n’aurait pu se douter de ce que je traversais.

Et puis un jour, sur un coup de tête, j’ai décidé que j’allais quitter Canard & Cie. Il fallait bien trouver un coupable à ce mal-être, et j’avais décidé qu’il était professionnel. Je suis allée jusqu’à annoncer mon départ à notre équipe. Probablement l’un de mes seuls regrets professionnels jusqu’ici. Mais, même si je ferais les choses bien différemment aujourd’hui, cette annonce a eu un effet de décompression immédiat : en projetant mon départ de l’entreprise, je m’enlevais une culpabilité, une charge mentale, et je m’autorisais d’un coup à penser un peu plus à moi. Ce qui m’a permis, au final, de ne jamais quitter Canard & Cie… !

J’ai mis du temps à réaliser que je traversais une crise de sens. Et je n’avais pas vu tellement à côté de la plaque : cette crise de sens prenait en grande partie ses racines dans mon activité professionnelle qui, en tant qu’entrepreneure, occupait à peu près toutes mes pensées et toutes mes journées depuis 3 ans, et – pire – en tant que couple entrepreneur, occupait également pas mal de nos soirées et de nos week-ends à la maison avec Antoine.

J’ai commencé à réaliser le problème : avec Canard & Cie, je savais ce que nous faisions – produire du contenu pour les marques –, en revanche, je ne savais pas pourquoi nous le faisions, à quoi nous contribuions. Si cette question n’empêche pas certains de dormir, moi, elle m’obnubilait, pire, elle me minait de l’intérieur. J’avais besoin de savoir pourquoi je me levais le matin, quel était mon but, ma cause.

J’ai commencé à réaliser le problème : avec Canard & Cie, je savais ce que nous faisions – produire du contenu pour les marques –, en revanche, je ne savais pas pourquoi nous le faisions, à quoi nous contribuions. Si cette question n’empêche pas certains de dormir, moi, elle m’obnubilait, pire, elle me minait de l’intérieur. J’avais besoin de savoir pourquoi je me levais le matin, quel était mon but, ma cause.

Se réaligner avec soi-même

Sur les conseils d’un ami, je suis allée voir une coach : Victoire Degez, dont je ne peux que vous recommander le professionnalisme et la bienveillance. Elle m’a fait passer toute une batterie de tests, dont notamment le TLP Navigator. Un outil très performant qui donne les préférences de chacun dans le travail, en se basant sur plusieurs critères : les modalités de relation, d’action, de décision et de perception.

Il se présente sous la forme d’une roue, composée de 8 quartiers, déterminant chacun un profil type et les activités qui y sont liées. Le résultat du test révèle les trois quartiers qui nous procurent le plus d’énergie, le plus de plaisir, mais aussi ce que nous faisons le plus naturellement.

J’ai ainsi découvert que, selon ce test, mes trois forces principales étaient, dans l’ordre : mobilisatrice – conceptrice – stratège.

Modèle-TLP-Navigator-L

J’ai commencé à toucher du doigt, sans encore la nommer, la notion d’alignement. C’est-à-dire le fait d’être en accord avec soi-même : ses talents, ses forces naturelles, et aussi – peut-être plus important encore – ses valeurs. J’ai compris qu’à l’inverse, la souffrance venait souvent d’un désalignement profond avec soi-même.

J’ai commencé à toucher du doigt, sans encore la nommer, la notion d’alignement. C’est-à-dire le fait d’être en accord avec soi-même : ses talents, ses forces naturelles, et aussi – peut-être plus important encore – ses valeurs.

Petit à petit, j’ai réalisé que ma crise de sens venait d’un désalignement entre qui j’étais et ce que je vivais dans mon quotidien professionnel. Moi, l’idéaliste qui voulait changer le monde, je n’avais jamais pensé à réfléchir au sens que je voulais donner à l’entreprise que j’avais créée. Et surtout, moi, la fédératrice, l’enthousiaste, l’innovatrice, je passais mes journées à réaliser des tâches de production et de gestion – évidemment indispensables au bon fonctionnement de toute entreprise –, alors que ma force résidait plutôt dans ma capacité à imaginer de nouveaux projets et à réunir des équipes pour les réaliser. J’avais, malgré moi, créé un désalignement de valeurs et de talents au sein de ma propre entreprise. Ça me paraissait fou de le réaliser, et, en même temps tellement soulageant.

Cette rencontre avec Victoire, ce test de personnalité – accompagné de bien d’autres outils salvateurs : un suivi régulier avec une coach, du yoga, des discussions bienveillantes avec des proches, beaucoup de livres et de podcasts – ont amorcé une lente réconciliation avec moi-même. En tant que personne, mais aussi en tant que cheffe d’entreprise.

Avec Antoine, nous avons entrepris une refonte totale de Canard & Cie. J’ai appris à déléguer la production, la gestion, l’organisation à des personnes bien plus talentueuses que moi dans ces domaines : Alix, Bénédicte, Cléa, Julie, Margaux, Mathilde, Sarah, Florent, François, Guillaume, Mehmed... J’ai compris que mon rôle principal était de réfléchir à la vision que nous avions avec Canard & Cie, et de porter cette vision. Jusqu’ici, nous avions plutôt laissé l’entreprise évoluer d’elle-même au gré des opportunités et des nouvelles demandes des clients. Il était temps que nous arrêtions de nous laisser porter par le courant, que nous redevenions capitaines du navire, et que nous fixions un cap. Je commençais petit à petit à assumer mon rôle de cheffe d’entreprise.

Réaligner l’entreprise

En vivant cette prise de conscience, ce réalignement avec moi-même, j’ai commencé à le souhaiter pour mon équipe et pour mon entreprise. À mes yeux, une entreprise est avant tout une aventure humaine, et elle n’a de sens que si elle arrive à en donner à tous ceux et celles qui participent à la construire.

À mes yeux, une entreprise est avant tout une aventure humaine, et elle n’a de sens que si elle arrive à en donner à tous ceux et celles qui participent à la construire.

Alors, comment générer ce sens ? Déjà, en permettant à chacune et chacun d’utiliser ses forces au maximum. Nous avons donc fait passer le test du TLP Navigator à toute l’équipe, et pris l’habitude de le faire à chaque arrivée d’une nouvelle recrue. Un moyen d’aider chacun à prendre conscience de ses forces, de ses aspirations, à trouver la place qui lui convient le mieux dans l’entreprise, et à aller chercher, auprès des autres, les forces qui lui manquent.

Je voulais aussi réfléchir à la manière de créer du sens autour d’un projet d’entreprise commun. On était alors au printemps 2019, au moment où le gouvernement votait la loi PACTE pour la croissance et la transformation des entreprises. Une notion clé ressortait de cette loi : celle de raison d’être de l’entreprise.

Girouette

Raison d’être. Deux mots dont on entend aujourd’hui beaucoup parler, mais dont tout le monde ne comprend pas encore bien la signification. De mon côté, j’ai pris l’habitude de la définir comme la contribution positive qu’une entreprise peut apporter à la société par son activité économique. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter mon édito à ce sujet !

La raison d'être est la contribution positive qu’une entreprise peut apporter à la société par son activité économique.

La raison d’être est souvent résumée en une phrase. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle certains la confondent avec un slogan marketing ou une opération de communication. Au contraire, il s’agit bien de déterminer un projet de société, aux deux sens du terme : pour l’entreprise et pour la Société avec un grand S. Par exemple, la raison d’être d’Essilor est « améliorer la vision pour améliorer la vie », celle de Lego « encourager le développement et la créativité des enfants par le jeu  » ou encore celle de Décathlon « rendre le sport accessible à tous ». Cette mission permet ensuite d’orienter tous les choix stratégiques de l’entreprise : activité économique, RH, RSE, etc. Elle permet surtout de fédérer les équipes derrière un projet, une ambition, presque un rêve commun.

Cette notion de raison d’être tombait à point nommé pour mettre des mots sur une intuition que j’avais depuis plusieurs années. Elle rejoignait l’une de mes convictions profondes : le but premier d’une entreprise est d’apporter une plus-value à la société. Et surtout, elle répondait à une question que je me posais depuis longtemps, et que j’avais cherché à creuser en lançant mon podcast en 2018 : non, il n’est pas nécessaire d’être une entreprise de l’ESS (économie sociale et solidaire), ou une association, pour porter en son sein une dimension d’intérêt général.

Cette notion de raison d'être rejoignait l’une de mes convictions profondes : le but premier d’une entreprise est d’apporter une plus-value à la société.

Je commençais à y voir plus clair. Je reprenais du poil de la bête, et surtout je retrouvais l’envie d’avancer.

Trouver sa raison d’être

Il était donc temps de travailler sur la raison d’être de Canard & Cie, de donner du sens à cette entreprise.

Plus facile à dire qu’à faire, surtout sans méthode et sans la présence d’un expert pour nous accompagner dans cette réflexion. Dire que nous avons galéré avec Antoine serait un euphémisme. On a tâtonné pendant des mois, on est partis dans une direction puis dans une autre, on a fait de grandes annonces auprès de l’équipe avant de rétropédaler, failli abandonner et tout laisser tomber. Jusqu’à ce que le 2 janvier 2020, un matin, au réveil, tout finisse par prendre sens dans notre tête. Les planètes – cette fois – s’alignaient ! Nous avions enfin une vision claire du cap que nous voulions fixer pour Canard & Cie.

Nous avons transformé le nom juridique de l’entreprise en “Groupe A&C” et lui avons fixé une raison d’être claire : aider les entreprises à formaliser et à communiquer sur le rôle qu’elles jouent dans la société.

Nous avons transformé le nom juridique de l’entreprise en “Groupe A&C” et lui avons fixé une raison d’être claire : aider les entreprises à formaliser et à communiquer sur le rôle qu’elles jouent dans la société.

Nous avons attaché à cette entreprise, deux marques :

  • L’Agence Alignée, une nouvelle entité, spécialisée en conseil pour les marques. Sa mission : accompagner les entreprises à définir leur mission, leur identité et leurs stratégies de communication.
  • Canard & Cie, notre agence de production de contenus, notre volet créatif, dont la mission est de produire les récits et les informations des entreprises, de la manière la plus utile et authentique possible.

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Mener ce travail de réflexion nous a forgé une conviction : nous sommes intimement convaincus que toute entreprise – quels que soient sa taille, son âge et son stade de développement – devrait aujourd’hui travailler sa raison d’être. C’est à mon sens le moyen le plus efficace pour déterminer l’impact qu’elle veut avoir sur la société, et donc pour donner une clarté d’esprit et d’action aux dirigeantes et dirigeants ainsi qu’à toute l’équipe. Cette réflexion de fond est surtout une démarche indispensable pour générer du sens, de la cohésion, et permettre à chacun, au sein de l’entreprise, de se sentir utile, aligné, et donc plus enthousiaste, plus impliqué et plus performant.

Pour accompagner nos clients à formaliser leur raison d’être, nous avons mis au point une méthode, tirée en partie de notre année et demie de cheminement et d’apprentissages. Et on ne pouvait bien sûr pas appeler cette méthode autrement qu’ALIGNÉE ! Car l’objectif est bien d’aider chaque entreprise à aligner l’ensemble de ses choix, de ses actions et de sa communication avec sa mission, ses convictions et ses valeurs.

Le nouveau mythe du XXIe siècle

Bien sûr, je ne sais pas encore dans quelle énorme machine nous sommes en train de mettre le doigt. Le défi est considérable, mais l’ambition est grande, et surtout notre démarche sincère. Car après 5 ans d’entrepreneuriat, j’ai enfin la sensation d’avoir trouvé une utilité dans mon métier de consultante et de communicante.

Je suis surtout convaincue que cette démarche est aujourd’hui indispensable pour les entreprises, et je m’apprête à prendre mon bâton de pèlerin pour en parler à toutes celles et ceux qui le souhaiteront (et même ceux qui ne le souhaiteront pas 😉). Le chemin est long, j’en ai conscience, mais partout dans le monde, un vent nouveau souffle sur l’économie, l’entrepreneuriat et l’entreprise d’une manière générale. Les grands principes d’hier ne sont plus ceux d’aujourd’hui, encore moins ceux de demain (qu’il nous revient de dessiner collectivement dès maintenant). J’en suis persuadée, le mythe du XXe siècle, celui de l’hypercroissance, du progressisme, de l’individualisme ne sera pas celui du XXIe siècle. On parle de responsabilité, de collaboration, de nouveau capitalisme. Les notions de raison d’être, d’utilité, de sens, de cohésion font petit à petit leur chemin jusqu’aux oreilles des dirigeants. Et si elles ne leur arrivent pas assez tôt, je sais que les demandes émergeront d’ailleurs : des collaborateurs, des clients, des citoyens. Car la demande de sens et d’engagement est forte de la part de la société. Je me range donc résolument dans le camp des optimistes, de ceux qui anticipent une mutation profonde du rôle de l’entreprise dans les prochaines années, et donc une mutation de la société elle-même.

Certains me trouveront peut-être naïve. Ils ont raison. Mais c’est sans aucun doute cet idéalisme, cet optimisme à toute épreuve, cette inconscience parfois, qui m’ont poussée à réaliser tous mes rêves jusqu’ici : faire un tour du monde de journalisme humanitaire, créer une entreprise, lancer un podcast, fonder une famille, passer mon diplôme de prof de yoga et maintenant participer à bâtir un monde où chaque entreprise se posera bientôt la question de la contribution positive qu’elle veut apporter au monde.

J’espère que ces quelques mots vous inciteront à faire, à votre tour, un peu plus de place aux idéalistes qui sommeillent en vous. 😇

Photo Charlotte Chenevier

Charlotte Chenevier - co-fondatrice

Entrepreneure, professeure de yoga, podcasteuse, je suis surtout une indémordable optimiste qui pense que rien n’est impossible ! Mon rôle chez l'Agence Alignée ? Donner la vision, et incarner la mission que nous nous sommes fixée : aider chaque entreprise à formaliser puis à communiquer sur le rôle qu’elle joue dans la société.