Le design des marques peut-il changer notre regard sur le monde ?

Publié le 15 Décembre 2020

Et si le design dépassait l'identité des marques pour jouer un rôle dans la société ? Et si les codes graphiques des entreprises pouvaient changer notre regard sur le monde ? Et si les marques avaient déjà changé notre vision du beau ? Explications.

Le design des marques est partout. Sur nos écrans de télévision, en 4 par 3 sur notre trajet quotidien, sur les réseaux sociaux… Ancré pleinement dans la société, le design peut quelquefois influencer notre perception du monde, et avoir un impact positif sur notre environnement. Exemple avec le brutalisme.

Le brutalisme, un mouvement pour se libérer

Depuis quelques années, on a vu émerger un mouvement néo-brutaliste dans le design. “Néo” car, à l’origine, le brutalisme est un courant architectural d’après-guerre caractérisé par la construction en matériaux bruts. Le mot brutaliste ne vient donc pas de “brutal”, mais de “brut”. Le principe ? Envoyer balader les codes traditionnels du design. Il faut faire simple, quitte à ce que ce soit disgracieux !

Le site brutalistwebsites recense de nombreux exemples de webdesign brutalistes.

Derrière cette tendance se cache une recherche d’authenticité. C’est une esthétique qui dépasse le concept de beau et de moche, et qui opère un retour à l’essentiel. Fini les images Instagram trop léchées, les designs vus et revus qui ne laissent transparaître qu'une seule vision de la beauté. Le brutalisme, c’est une bouffée d’air de simplicité face au trop-plein d’informations auquel nous sommes constamment confronté·es.

Ce qui m’intéresse particulièrement dans le courant néo-brutaliste, c’est qu’en lâchant prise sur l’esthétique et le superflu, on permet au contenu d’exister en tant que tel. On évite tout ce qui pourrait interférer avec le message principal : il s’agit de se concentrer sur le fond, plutôt que sur la forme. Dans un monde en quête de sens, il n’est pas anodin de vouloir délivrer un contenu brut aux visiteurs et visiteuses de son site. Le message de transparence est fort.

D’autant qu’il s’agit d’une réelle attente de la part des consommateurs et consommatrices. D’après une récente étude de l’institut BVA, les millennials sont particulièrement sensibles à l’authenticité des marques (à 36 %), à leur transparence (à 33 %), et à leur cohérence entre les actions et les messages (à 31 %). Le brutalisme a tout compris, mais ce n’est pas la seule tendance du design qui s’inscrit dans ces attentes.

La fin du beau ?

Depuis 2016, l’utilisation de la réalité augmentée est répandue dans de multiples domaines : industrie, jeux vidéo, publicité, culture… Snapchat a été le premier réseau social à proposer des “lenses”. Il s’agit de filtres virtuels applicables en temps réel par-dessus les photos ou vidéos – idée qui a depuis été reprise par tous les géants du domaine : Facebook, Google sur Youtube, Instagram...

Avec la démocratisation de ces filtres, tout le monde peut désormais en créer et les soumettre à la plateforme pour diffusion. Une vague de créativité inédite s’est donc emparée de ce moyen d’expression. Dans la majorité des cas, le but de ces filtres n’est pas d’embellir la réalité : on peut même dire que beaucoup de ces filtres sont désavantageux ! Que ce soit pour l’effet comique ou pour l’amour de l’art, en tout cas, nous prenons de la distance par rapport au monde du fake où les filtres retouchent jusqu’au moindre défaut sur nos visages. Et ça fait du bien ! On peut remercier la génération Z, de plus en plus attachée à renvoyer une image naturelle sur les réseaux. C’est dit : les filtres ont tué le beau. En tous cas, une certaine notion du beau, tel qu’il était représenté jusqu’alors avec des stéréotypes figurant en une des magazines.

Là encore, le design suit et propulse des mouvements de fonds en cours dans notre société. Enfin, les marques et la société dans son ensemble donnent une plus grande visibilité aux personnes différentes du standard de beauté établi jusque là. On peut citer par exemple la mannequin Winnie Harlow atteinte de vitiligo. Avec son visage unique, elle pose fièrement pour Diesel, pour Desigual ou encore pour Volkswagen. La stratégie de communication des marques est désormais claire : mettre en avant tous les profils, tous les visages du beau.

Même tendance avec le hashtag #TransIsBeautiful qui met en lumière la beauté des femmes transgenres sur Instagram.

Avec le brutalisme, avec les filtres loufoques ou désavantageux, le design s’inscrit ainsi dans un phénomène sociétal profond et sans précédent. Pour la première fois depuis des décennies, le beau devient multifacette, sans règles, sans limites. Et ça fait du bien 😊

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Mathilde Piette - Graphiste et Motion designer

Mon quotidien chez l’Agence Alignée, c’est l’image. Trouver celle qui correspond le mieux à chaque marque, chaque histoire, chaque projet. Analyser celles qui sont tendance sur le web. Dénicher celles qui seront bientôt sur tous vos écrans. En bref, je donne vie aux idées des clients de l’agence, en vidéo, en responsive, ou en print !